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 Textes de Brainstorm

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Brainstorm

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MessageSujet: Textes de Brainstorm   Mar 20 Sep - 19:57

Avec l'accord de Marc, l'administrateur du forum, je lance deux sujets pour présenter certaines de mes oeuvres, en vers ou en prose, travaillées et retravaillées ou écrites rapidement en guise de récréation, touchant de près ou de loin au transhumanisme et à ses divers centres d'intérêts.

Toujours avec l'accord de Marc, afin d'éviter à la fois la surcharge de sujets dans le forum et la surcharge de post dans un sujet, le présent sujet sera exclusivement réservé à mes écrits pour améliorer leur lisibilité, et l'autre permettra à tout le monde de laisser ses commentaires sur tout les textes postés.

Ainsi, par la suite, si vous désirez laisser des commentaires, je vous invite à le faire sur le sujet suivant :
http://forum.transhumanistes.com/t557-commentaires-pour-brainstrom#5326

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture.


Dernière édition par Brainstorm le Mar 20 Sep - 20:05, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Textes de Brainstorm   Mer 21 Sep - 23:54

Les Clefs des Mondes Entiers


Un monde entier se réveilla un beau matin,
Chacun avait une clef au creux de la main.
Quelque part étaient, on le savait,
Les portes de toutes destinées.

A travers les milliers de serrures,
Aux yeux rêves et cauchemars parurent.
Entre toutes, une voix entonna : « Jetez-la,
Cette décision ne nous appartiendra pas,

Qu'ensembles, utopies et dystopies
Par ce geste restent ensevelies.

Ces mondes ne nous sont pas destinés,
En voici la preuve :
A celui-ci, nous nous sommes adaptés,

Qu'ensembles, utopies et dystopies
Par ce geste restent ensevelies.

Ce droit ne nous est pas offert,
En voici la preuve :
Nos pères n'en ont pas ouvert,

Qu'ensembles, utopies et dystopies
Par ce geste restent ensevelies.

Les mondes parfaits ne sont que des rêveries,
En voici la preuve :
Nul ne se souvient d'un temps où cela se fit,

Qu'ensembles, utopies et dystopies
Par ce geste restent ensevelies.

Nous ne pouvons que mal l'utiliser,
En voici la preuve :
Certains sans scrupules veulent en user,

Qu'ensembles, utopies et dystopies
Par ce geste restent ensevelies. »

Et cette voix psalmodiante fut écoutée,
Elles sont jetées,
Joyeusement, un monde entier les a jetées,

Ainsi, utopies et dystopies
Sont censées rester ensevelies ?

Elles furent toutes abandonnées,
Ils ont préféré les ignorer.
En récompense pour cette philanthropie,
Grâce à ce geste uni et grâce à cet oubli,

Les sans-scrupules obtiennent leur liberté :
Elles sont jetées.
Il suffit de se baisser pour les ramasser,

Les utopies et les dystopies
Ne sont pour toujours ensevelies.

Oui, une porte au moins sera choisie.
Elles sont jetées
Mais elles ne peuvent être anéanties,

Elles sont là et les dystopies
Ne resteront pas ensevelies.



Pour tout commentaire, direction :
http://forum.transhumanistes.com/t557-commentaires-pour-brainstrom


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MessageSujet: Re: Textes de Brainstorm   Mer 21 Sep - 23:56

Notre Pollueur


« - Rappelle-moi, c'est quelle planète ? »

« - C'est la troisième. »

« - Bien reçu, projectile en cours de lancement. »

*

Tu as fabriqué tant
De sites polluants,
Disséminant leurs déchets pathogènes.

Tu as déjà couvert
Une planète entière
De monoxyde de dihydrogène.

Ce système désert
Aurait dû le rester,
Et toi, dans sa misère,
Tu l'as contaminé.

Tout ton produit toxique
Lui fut catastrophique,
Des légions d'êtres aberrants en sont nés.

Il faut réparer nos erreurs.
Il faut réparer tes erreurs.

Soufflons cette étincelle
Pour l'Ordre Universel !
Notre conviction sort de sa torpeur.

Nous voici à portée,
Prêt à éradiquer
Six cent mille milliards de terreurs.

Il faut réparer nos erreurs.
Il faut réparer tes erreurs.

Regarde-les.

Regarde tes créations.

Regarde leur destruction !

Nous t'empêchons de nuire,
Quoi que tu puisses dire,
Un dur châtiment sera établi.

Plongés dans les débris,
Soyons fier aujourd'hui
D'un juste travail dûment accompli.

Nous avons rendu ce système à l'Univers.

Nous avons réparé nos erreurs.
Nous avons réparé tes erreurs.
Nous avons rendu ce système à l'Univers.



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MessageSujet: Re: Textes de Brainstorm   Dim 25 Sep - 22:27

L'Enfant tout près de l'Âtre


C'était un garçon
Sans imagination,
A percer ses passions
Nous nous efforçons.

Donc, tout les pédopsychiatres
L'ont amené près de l'âtre
Et l'ont doucement testé.

Que peux-tu voir dans les flammes ?
Quelle illusion est ton âme ?
Le garçon a vivement protesté :

« Futiles rêves ! Ils deviendront réalité !
Jamais de trêve avant de les voir inventés !
Si nul espoir, si nul songe ne m'a tenté,
C'est mon devoir qu'ils soient tous sous peu débusqués. »

Quel humain n'aurait été choqué ?

Les pédopsychiatres
Ont expliqué combien cela est vain,

Se rendre opiniâtre
Pour eux est un espoir sans lendemain

Et un grand danger.
Le garçon a vivement protesté :

« Faites souffrir... Donc, mon pouvoir illimité,
Je veux l'offrir, et pourtant vous le rejetez.
Préférez-vous : j'ai bien cette capacité,
Mais, pauvres fous, aucune générosité ? »

Portés par leur juste rage,
Ces grands hommes ont puni la cruauté innée.

Refuser à tous un tel don mérite un carnage :
Dès ses dernier mots terminés,

Face à la justice qui réclame,
Au cœur de l'âtre, ils l'ont projeté !

Détruit par les flammes,
Le garçon a vivement protesté.



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MessageSujet: Re: Textes de Brainstorm   Mer 28 Sep - 1:04

La Vénérable


J'ai parlé aujourd'hui
En bonne compagnie :
L'âge ne l'a point rendue lasse.

Elle avait voyagé,
Contemplé la Pangée,
Croisé le grand Micromégas.

Tel un poète, il m'arrive parfois
Des histoires qu'on ne peut croire.
De lourdes larmes auront laissé pantois
Votre humble conteur de ce soir.

C'était une montagne, on l'entendait gémir :
Un seul milliard d'années me suffit pour mourir.
Touché par ce tourment, voulant la voir sourire,
Je vins pour l'apaiser, mais sa voix fit frémir.

Elle en pleurait, l'espoir défait :
Combien d'êtres que ne pourront instruire
Mes souvenirs ?

Et tristement, philosophait :
Mais à quoi bon vivre pourrait servir,
S'il faut mourir ?

Elle attendait un instant de bonheur,
Qu'enfin mes propos la délivre.
Mais que répondre ? Un être toujours meurt ?
Vivre sert seulement à vivre ?

C'était une montagne, on l'entendait gémir :
Un seul milliard d'années me suffit pour mourir.
Touché par ce tourment, voulant la voir sourire,
Je vins pour l'apaiser, mais sa voix fit frémir.

Je m'hasardais : à la vie plus de temps,
Car nous aimons qu'elle perdure ;
Notre décès sera moins inquiétant,
A défaut d'en être moins dur.

C'était une montagne, on l'entendait gémir :
Si deux milliards d'années suffisent pour mourir,
Que ce soit vous ou moi, il nous faudra courir,
La fuir pas moins qu'avant, et craindre son empire.

J'ai donc parlé ainsi
- Oui, j'ai parlé ainsi,
Car il me fallait bien répondre -

N.B. : La montagne en question, trop pressée de pleurer une perte apparemment imparable, n'a pu retenir l'enseignement qu'on lui apportait. Ainsi l'histoire meurt par le fait même de l'existence de la mort, mais, sans elle, en aurais-je eu une à vous conter ? Pas celle-ci, non ; une plus joyeuse, peut-être.



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MessageSujet: Re: Textes de Brainstorm   Dim 2 Oct - 1:18

Au Bac à Sable


Le bac à sable est en effervescence,
On y entend les sagesses d'enfance :

Il ne doit pas bouger !
Rien ne devra changer !

A bas les seaux ! Ils nous détruiront tout !
Il est si beau, notre sable, sans nous !

Il ne doit pas bouger,
Rien ne devra changer :
C'est une calamité !

Quelques enfants ont tenté
D'en entier modifier
Notre bac magnifié.

Où est cette qualité,
Le savoir résigné
Que nul n'y doit régner ?

On réentend, quand leurs projets s'abîment,
Quand leurs châteaux étouffent des victimes :

Vous devez renoncer !
Nous l'avions annoncé !

Mais ils continuent – belle erreur intrinsèque ! -
Nous angoissons, jusqu'au nouvel échec.

Vous devez renoncer,
Nous l'avions annoncé :
C'est une calamité !

Quelques enfants ont tenté
D'en entier modifier
Notre bac magnifié.

Où est cette qualité,
Le savoir résigné
Que nul n'y doit régner ?

Quand ils parlent de tous nous aider, nous changer,
Pour bien les remercier, leurs châteaux, leurs projets,
On les sabote !

On les surveillait, jour et nuit,
Tel l'antidote !

Mais un beau jour tomba la pluie...

Sans protection, sans un toit sur nos têtes,
Les pieds piégés, faut-il qu'on le regrette ?

Le sable est inondé !
La mort nous est scandé !

Tout les enfants, tous noyés dans le bac,
L'auront compris, voici la contre-attaque !

Le sable est inondé,
La mort nous est scandé :
C'est une calamité !

Quelques enfants ont tenté
D'en entier modifier
Notre bac magnifié.

Sa colère alimentée
Par les grains dérobés,
La sentence est tombée.



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MessageSujet: Re: Textes de Brainstorm   Lun 3 Oct - 17:15

Voici la nouvelle été utilisée en guise d'introduction du Paradigm Shift
2011, qui s'est déroulée hier, le 2 Octobre. Tout commentaire,
reflexion, critique, est la bienvenue, sur ce topic :
http://forum.transhumanistes.com/t557-commentaires-pour-brainstrom#5326



L'Escalier

Longtemps je suis resté dans l'ombre, longtemps j'ai erré. Les ténèbres m'entourèrent, inénarrables. En ce temps-là, mes pieds avaient foulé mes pas, fouillant l'obscurité, buttant, trébuchant, piétinant. Parfois je tombais et me relevais alors avec souffrance. Parfois je découvrais, à mon zénith, l'éclat lointain d'une lumière, naissant pour me rappeler son existence, s'évanouissant aussitôt pour me laisser la désirer, perdu dans le noir.
J'ai monté, encore et encore, les marches d'un escalier que je ne pouvais voir. Il tournait autour d'un pilier échappant à mes recherches, ne me laissant aucune prise, les bras brassant l'air opaque dans une éternelle quête d'équilibre. Il m'était arrivé, je l'avoue, de m'abandonner à la chute et, prostré sur une marche, de me laisser aller aux larmes. Les sanglots palpitèrent à maintes reprises, troublant le silence omniprésent pour mieux l'épaissir. Mais toujours, je repartais, aventureux, pour capituler à nouveau un peu plus loin. Cela devait durer à jamais. Cela me paraissait devoir durer à jamais, et pourtant ...

J'avais fini par m'accommoder des apparitions erratiques de la lumière. Je les ignorais ; c'était moins douloureux ainsi. Pourtant, je finis par lever les yeux, car je me rendis compte que le ciel m'était apparu. Son éclat, d'abord faible et gémissant, puis de plus en plus flamboyant, fini par m'éblouir. Quand la surprise se dissipa dans les ardents rayons, je grimpai à toute vitesse l'escalier, avalai les marches, engloutit l'ombre, la pénombre et la semi-clarté pour m'élever vers l'immaculé chatoiement de l'extérieur. Et là, plissant les paupières, je me souvins de ce que j'avais oublié, puis me souvins avoir oublié cet oubli.
Autour de moi étaient les miens, mes compagnons, ma fratrie. Tous réunis sur les bords d'une colossale cheminée carrée, ils gravissaient sans fin un escalier constituant son sommet. Cet escalier-là était miraculeux, car bien qu'il montait vers le ciel, il revenait à son point de départ, laissant ses passagers tourner sur les mêmes éternelles marches. Il avait la bienheureuse particularité de nous donner la sensation de nous élever, tout en nous épargnant l'angoisse de changer d'altitude.
Escaladant l'escalier en colimaçon surgissant des entrailles de la cheminée, je me retrouvai à leur niveau. Je les appelai, leur fit signe, tentai de me faire remarquer, et on me répondit. Certains ne parvenaient pas à prendre conscience de ma présence, et d'autres firent mine de ne pas le pouvoir. De ceux qui restaient, une partie me saluèrent en retour, ravis de me revoir, et les derniers me dévisagèrent, le visage entier plissé de dégoût. Ils levèrent les yeux au ciel, exprimant leur mécontentement, et me virent sous un filtre dépréciatif. Ils avaient dû se souvenir de ma mésaventure, pensais-je.

C'était en un temps bien antérieur à celui de mon séjour dans les ténèbres. Je gravissais autrefois le sommet de la cheminée, entouré des miens, au rythme des miens. J'étais l'un des leurs. Mais il m'arriva le pire : pris dans une soudaine bousculade, je basculai dans le vide, je déchus. Toutes les briques composant la cheminée s'étalèrent devant moi, comme autant de symboles de ma propre perte : seuls ceux qui tombent du sommet ont le loisir d'apercevoir l'intégralité de la structure.
La chute dura à peine moins qu'une éternité. Initialement, il me semblait sombrer vers un vide sans fin, aux côtés d'une tour sans fondement. Puis un sol m'apparut, minuscule et si lointain qu'il me semblait être une illusion, un mythe effacé des mémoires, réapparaissant soudainement pour me confondre. Mais ce sol, contre toute attente, grandit, s'élargit, occulta toute la moitié inférieure du ciel, et finalement, je l'atteignis. Je vis la base de la tour, auquel nul d'entre nous n'avait songé, le fondement dont nul n'avait pu concevoir l'existence.
Tout autour de moi s'étendait une surface plane, infinie, uniforme, homogène. Elle était d'un blanc laiteux, légèrement luminescente, tout comme le ciel, à peine plus sombre afin de s'en distinguer. Ce même paysage sans intérêt se répétait dans toutes les directions. Il n'y avait rien, à part moi et l'escalier en colimaçon. A quelques dizaines de mètres au-dessus du sol, emmurant les marches dans son étreinte, la base de la cheminée adhérait suffisamment à l'air pour ne pas tomber. Les briques les plus basses se délitaient, et venaient de temps à autre agrandir le monticule de ruines encerclant le pied de l'escalier. Le sommet de la structure, quand à lui, laissait glisser mes yeux sur sa surface ; il se perdait si loin dans le zénith qu'il transperçait la voûte céleste pour se cacher derrière elle.

Après ce tour d'horizon, je m'approchai des marches, et j'y vis, assis sur la première d'entre elles, un nain aux habits irisés. Quand je fus assez près, il me salua, se leva, et chacun de ses mouvements répandaient un nuage de poussière colorée. Une foule de questions se battaient aux portes de mes cordes vocales, et je les bafouillais toutes en même temps, car aucune ne parvenait à prendre le dessus. Le nain me regardait, je le regardais en retour, voyait son visage. Il semblait non pas être un visage, mais un agglomérat d'un milliers d'entre eux, réunis tous ensembles sur une même tête, et cette vision ne faisait que multiplier le nombre des questions et appesantir mes balbutiements. Pourtant, peut-être grâce à ses milliers d'oreilles réunies en une seule paire, il parut comprendre tout ce que je lui demandais. Il prit la parole, d'un milliers de voix en même temps, et le vacarme assourdissant me força à protéger mes tympans de mes mains :
« Vous êtes à la base de tout, me dit-il, là où rien n'est, et voici l'escalier qui en monte. Il grimpe, grimpe, et grimpe encore : vous le constaterez par vous-même, car vous n'avez aucun autre choix que de le gravir ou de rester ici à jamais. Il grimpe vers des milliers de destinations réunies en une seule. Seuls comptent le temps passé et vos pensées, car seuls eux décident du sommet atteint. Je suis ici pour vous mettre en garde, pour votre bien et pour le mien, car je suis vous, tout autant que je suis chacun de ceux que vous avez autrefois côtoyé. Je vous mets en garde car, s'il grimpe, grimpe, et grimpe encore, atteint l'escalier où l'on peut monter sans jamais changer d'altitude et s'élève encore au-delà de celui-ci, l'emprunter n'est pas sans peine. Vous y trouverez l'ombre, et dans l'ombre, vous ne trouverez rien. »
Une fois cela dit, il restait beaucoup de mystères, mais plus une seule question : soit elles étaient satisfaites, soit je ne savais comment les prononcer. Je contemplais les innombrables visages figés devant moi, unis en un seul, et je compris grâce à cette vision la multitude des destinations que pouvait atteindre un escalier unique. Le nain m'observait en retour, et ne parlait plus. Ses réponses avaient profondément pénétré mon esprit, il le savait ; il m'avait apporté un savoir que jamais plus ma mémoire ne perdrait. Il avait accompli sa mission.
Comme mon interlocuteur demeurait silencieux et immobile, mes yeux se portèrent alors sur l'escalier. Il se perdait dans l'ombre, à l'intérieur de la cheminée, et pourtant, il exerçait sur moi un puissant attrait. Ici, au sol, il n'y avait rien, ni décor, ni vie, ni base de cheminée, ni compagnon, ni cohérence, ni connaissance. Pourquoi serais-je resté ? Je dépassais les premières marches en me retournant de temps à autres. Le nain ne m'encourageait pas même de son regard, aussi je n'eus aucun mal à l'abandonner. Ainsi, je m'étais élancé dans la pénombre. Elle s'était rapidement obscurcie, et en elle était venu l'oubli.

J'en étais donc ressorti à la hauteur de mes anciens camarades aux émotions partagées. Rien n'avait changé depuis mon départ. Ils gravissaient toujours l'escalier sans fin, au même rythme, à la même altitude, foulant les marches usées, défilant les uns derrière les autres en une boucle continue. J'avais envie de les rejoindre, de reprendre mon ancienne place, précédent et suivant chacun d'entre eux, me sentir à la fois un et multiple en leur nombre. Je les regardais vaquer dans leur promenade infinie, et ils me regardaient surgir de l'obscurité. Rien n'avait changé... Mis à part moi. Mis à part ma place.
Je levai les yeux au ciel, suivant le tracé hélicoïdal d'un chemin exploré en partie seulement, un chemin dont je n'avais su prendre conscience autrefois, invisible à tous les yeux, inexistant jusqu'à maintenant. Maintenant, toute l'attention ou presque se tournait vers moi, debout en un endroit incongru, et leur seule alternative à l'incompréhension était de percevoir la marche où je me tenais, puis les marches qui la précèdent et la suivent, et finalement tout l'escalier indiscernable. Je compris qu'ils sondaient le ciel de temps à autres pour contempler cette nouveauté dans son intégralité. En réalité, j'avais tout changé.
Après cette pensée, retourner à mon ancienne place, perdue avec souffrance, ne me sembla plus d'aucun intérêt. Je levais les yeux sur l'escalier, je levai les yeux vers le changement, et décidait de changer d'altitude.

Mais, tandis que je m'y apprêtai, une main se figea près de moi. A l'autre bout de celle-ci, un des leurs s'était arrêté, obstruant le passage de tous les autres, et demandait mon aide. Aussitôt s'élevèrent des râles, des reproches et des huées. Ses voisins le poussaient, le tiraient et l'insultaient, mais il resta immobile devant moi. Il n'écoutait pas et ne cédait pas. Il restait immobile devant moi, me suppliant silencieusement. Je pris sa main pour le hisser à mes côtés.
Aussitôt, d'autres mains se levèrent, et tous deux, nous les amenèrent à nous. Les huées devinrent des hurlements, les râles des menaces. Ceux qui ne levaient la main, levaient le poing. Ceux-là se déchaînaient, insupportés par la lâcheté déployée devant eux. Ils injurièrent les pleutres, les frappèrent, certaines de leurs victimes tombèrent de la cheminée sans que personne ne puisse les rattraper. Assaillis sur le nouvel escalier, nous n'avions pu les accueillir à temps.
Quand plus aucune main ne nous demanda asile, nous montâmes tous précipitamment pour fuir les clameurs accablantes, moi en tête. La fuite ne ralentit pas avant le silence revenu, la distance parcourue, avant que ne soit franchi l'espace infini laissant se perdre loin en-dessous de nos pieds la cheminée abandonnée. Autour de nous ne restait plus qu'une voûte immaculée, seulement percée d'un cortège s'élevant, encore et toujours, sans jamais se figer. Dans ce décor, la gauche ressemblait à la droite, l'avant à l'arrière, seuls le haut et le bas se distinguaient l'un de l'autre. En bas, tout le monde me suivait dans ma lutte pour repousser le haut, toujours plus loin.

Qui étaient-ils ? Pourquoi avaient-ils choisi de m'accompagner ? Dans l'action, aucune question ne m'était venue à l'esprit. Pourquoi étaient-ils là ? Ils bavardaient maintenant, fanfaronnaient, spéculaient sur ce que nous allions découvrir, devisaient sur la vie que nous avions abandonnée, et, tous ensemble, ils me suivaient. Pourquoi me suivaient-ils ? Quelles impulsions ont fait s'élever leurs mains ? J'en avais saisi une, sans réfléchir, simplement parce qu'on me l'avait demandé. J'avais provoqué tant de colère, tant d'entre nous furent précipités de rage en direction du sol. J'eus une pensée pour leur malheur, le remord m'assaillit. Avais-je eu tort ? Avais-je eu tort ? Je montais, car on me pressait de monter, et soudainement, je regrettais de le faire.
Comme il aurait été bon de se retrouver à nouveau sur l'immémorial sommet de briques ! Comme il aurait été doux de ne pas subir le tourment de mes responsabilités! Je me souvenais des paroles du nain aux mille visages, du nain présent dans chaque visage me suivant : une myriade de destinations était au sommet de l'escalier. Seuls comptaient, pour les découvrir, quand et dans quel état d'esprit on parcourait ses marches. Tous ces visages derrière moi, ne leur avais-je pas volé leurs destinations propres ? N'avais-je pas anéanti le but de leurs vies ? Ne les avais-je pas condamnés par ma turpitude à la torpeur ? Tant de questions. Tant de questions, tant de doutes et de peur.

L'escalier continuait, encore et encore, et à la blancheur de l'écrin de nos corps, j'opposais la soudaine noirceur de mes pensées. Je ne vis pas le bord approcher, le voile tendu de la voûte céleste s'abaisser jusqu'à nous. Je ne m'en rendis compte qu'une fois près d'elle, si proche que je pouvais la toucher en levant la main, et je m'arrêtai net. Elle était juste au-dessus de ma tête, frôlant mon crâne. L'escalier semblait continuer par-delà cette frontière, se fondant en elle. J'en avais l'intime conviction : derrière cette paroi se dissimulait ma destination, ou au moins une étape de mon voyage, une étape dont on ne revient pas. C'était le point de non-retour. Ma conviction me fit peur.
Je me retournais, et je voyais toujours autant de visages. Ils me regardaient, se demandaient pourquoi je m'arrêtais ainsi, voulaient monter, encore et encore, jusqu'à devoir regretter d'être arrivé si haut. Je ne pouvais les laisser s'enliser dans un leurre. Je pris la parole, fort, afin que tous m'entendent, et ils burent mes paroles.
Elles leur expliquaient, du mieux qu'il me fut possible, la révélation du nain constitué d'une part de chacun d'entre nous, la multitude comprimée en une unicité, l'absurde et regrettable geste que je commis, les doutes instillés en moi. Elles philosophaient sur le but de la vie, la liberté, le droit d'atteindre la destination à laquelle nous aspirons chacun de notre côté, la laideur de l'imposition d'un chemin à autrui. Ne désirez-vous pas avoir, tous, chacun d'entre vous, votre propre escalier, leur demandèrent-elles. Redescendez, patientez, concluais-je, retentez seul l'ascension, et vous l'aurez. Je traverserai ce voile et découvrirai ce qui m'attend au-delà, seul, car vous devez tous vous élever sur les marches que vous et vous seuls désirez gravir.

Ils me répondirent d'une voix unie, claire et déterminée, d'une voix qu'on ne pouvait contredire, car elle affichait cette foi inébranlable que rien ne paraît pouvoir stopper. Ils me répondirent :
« Il n'y a ni leurre, ni erreur. Emprunter à plusieurs un escalier n'est pas une faute, car, tout là-haut, si tu es seul, rien ne t'attendra hormis la solitude. C'est cet escalier-ci que nous désirons, car toi aussi, tu y montes. »
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MessageSujet: Re: Textes de Brainstorm   Mer 5 Oct - 23:46

Par-Delà la Tombe


Savez-vous ce qu'était nommé nécromancie ?
C'est la divination en appelant les morts.
Mettons-là de côté, pensons à celle-ci :
Elle enlève les morts à leur funeste sort.

Il y a des années est morte ma compagne,
Et jamais leurs propos effaça mon chagrin ;
Car nous y perdons tout, et personne n'y gagne,
La Mort en est coupable, et j'y mettrai un frein !

Reprenons les corps
Aux catacombes,
Ouvrons les tombes
Et tuons la Mort !

Oui, je vous honore,
Souffles de vie :
Ils ont sévi
Et tué la Mort !

Par ce puissant pouvoir, soit-il toujours béni,
La beauté, devant moi, s'est enfin relevée,
Sortie du dernier lit, laissant les décennies
Au pied de l'épitaphe écrite à son chevet.

Je la serrais enfin, mais entendait gémir :
Des centaines de morts enviaient deux amoureux.
J'ai défié leurs destins, qui me faisaient frémir,
Les libérant enfin d'un écrin malheureux.

Reprenons les corps
Aux catacombes,
Ouvrons les tombes
Et tuons la Mort !

Oui, je vous honore,
Souffles de vie :
Ils ont sévi
Et tué la Mort !

Ainsi cela fini, car une triste fin
N'est jamais imposée par la fatalité,
Souvenez-vous de moi, car, vivants et défunts,
J'ai donné à vos vies toute l'éternité.



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MessageSujet: Re: Textes de Brainstorm   Lun 10 Oct - 3:46

Le Voleur

Si la douleur, si une récompense
Tout deux sont liées par une intelligence
Qui a choisit, en guise d'expérience
De notre vie, cette balance,

Si pour le droit de vivre, on meurt,
Si pour pouvoir sourire, on pleure,

Je serai juste un voleur,
Je prendrai l'extase.
Nulle homélie du malheur,
Nulle argutie, nulle emphase
Ne m'écrase.

S'Il réagit, si on entend Son ire,
Il nous fait peur, Il peut nous agonir...
Si nos chemins sur Terre vont faiblir,
Par épectase on peut partir !

Si pour me sentir fort, j'ai peur,
Si tout repos coûte un labeur,

Je serai juste un voleur,
Je prendrai l'extase.
Nulle homélie du malheur,
Nulle argutie, nulle emphase
Ne m'écrase.



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MessageSujet: Re: Textes de Brainstorm   Dim 30 Oct - 3:41

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La Machine

Les cliquetis des engrenages se faisaient entendre, encore et encore, leur précision absolue jamais mise en défaut. Le vacarme était permanent. Jamais les rouages ne s'étaient tus, jamais la machine ne s'arrêta, elle qui semblait exister depuis le fin fond des âges les plus reculés.
Le bruit résonnait à l'intérieur de l'épaisse coque sphérique, rebondissait sur ses parois. L'espace était vaste à l'intérieur, chacun des nombreux éléments mécaniques y suivaient une danse sophistiquée, répétant les mêmes gestes au rythme de la cacophonie. Au centre de leur ronde, s'élevant jusqu'au plafond, un grand et large pilier tournait sur lui-même, toujours à la même vitesse. Sur tout son pourtour, des poutres étaient encastrées en elle, à hauteur d'épaule et séparées d'espaces réguliers ; à chacune d'elles, un homme était solidement attaché par une chaîne relié à un collier d'acier.
Ces êtres de chairs tenaient fermement les pièces de bois devant eux, non pas pour servir de moteur à la colossale machine, car elle tournait d'elle-même, mais au contraire pour tenter en vain de la retenir.
Ces pièces de chair étaient régulièrement remplacées : sur un sixième de sa circonférence, le pilier était longé par un trou obscur dont le fond n'avait jamais été aperçu. Trainé jusqu'à lui par le mouvement de rotation, chaque homme finissait par y tomber. Pendu au-dessus du vide et la nuque brisée par la chute, la chaîne rompait et laissait sombrer le cadavre dans les ténèbres. Le trou franchit, la poutre se voyait alors octroyer un nouvel être humain aussitôt enchainé. La nouvelle pièce commençait alors à tirer en compagnie de ses semblables.

Hormis les cliquetis de la machine et des chaînes, les seuls bruits audibles venaient des prisonniers débattant du fonctionnement de ce qui les entourait : les mouvements des pièces s'envolant en tracés gracieux, la sublime répétitivité du concert mécanique, leur chemin autour du pilier, et souvent évitaient de regarder en direction du trou fatal, ou même d'en faire la mention. Pour cette raison, les nouveaux venus exaspéraient régulièrement les plus anciens. Leurs cris de détresse, en comprenant la fatale destination de leur périple, en harassaient plus d'un, et il fallait leur répéter maintes et maintes fois de se faire à cette idée : leur dernier pas se fera dans le vide. Fort heureusement, il finissaient toujours par s'en accomoder après de longues, trop longues tergiversations.
« Tout le monde finit par tomber dans le trou », disait-on pour les rassurer. « Si nous ne tombions pas dans le trou, qu'adviendrait-il de la machine ? » demandait-on pour les inquiéter, « Cette brave et belle machine ! L'abandonneriez-vous ? »

L'un d'entre eux pourtant ne se montra jamais satisfait des paroles apaisantes qu'on lui donnait, ni intimidé par les vives remontrances. Depuis son arrivée, il tirait plus que tout autre. Le bruit des nuques brisées le faisait tressaillir à chaque fois, il s'inquiétait de son tour approchant. Même quand il fut présent depuis longtemps déjà, il criait toujours autant que les nouveaux venus, les incitant par là-même à s'époumoner.
Perdant patience, ses voisins ne pouvaient pourtant rien faire d'autre que tenter de le raisonner. « Ne vois-tu pas que tes cris sont vains, lui disaient-ils. La machine continue, encore et toujours, malgré nos vains efforts. » Quand il écoutait ces paroles, il demandait en retour pourquoi alors fallait-il tirer sur ces poutres. « Nous tirons car la machine est faite ainsi, et nous en sommes des pièces. Nous tirons pour retarder ne serait qu'un peu la fatalité, mais il est mauvais de vouloir y échapper, puisque la machine a besoin que nous la subissions. Qui sait ce qui adviendrait de la machine, de cette brave et belle machine, dont les mouvements sont si gracieux et les bruits si mélodieux, cette machine qui nous héberge et nous laisse généreusement presque un tour de répit, qui sait ce qui adviendrait si nous lui échappions ! Rien de bon, cela est certain, et c'est bien pour cela que personne n'a jamais survécu parmi nous. T'imagines-tu, de toute manière, tourner encore et toujours, inlassablement, avec un nombre toujours grandissant d'entre nous attaché à chaque poutre ? Nous imagines-tu, si nous ne tombions pas dans le vide ? ». Mais ces paroles ne convainquaient guère l'apeuré. Il criait encore et encore, et les nouveaux venus criaient et tiraient d'autant plus.

L'un d'entre eux pourtant faisait exception. Il regardait autour de lui, sondait les fragments volants du mécanisme, analysait la gigantesque colonne, en égratignait la surface, s'accroupissait pour palper le sol de ses doigts, et réfléchissait longuement. Tout le monde avait compris ce qu'il espérait faire et on le railla pour cela : il voulait percer le secret du fonctionnement de la machine.
Quelle folie, disait-on. Quelle inconscience. Rien de bon ne pouvait émaner de ce sot désir. Il prenait seulement le risque de détraquer les fragiles rouages les entourant, il abimait le pilier qui les guidait doucement.
Dans un éclair de génie, le fou reprit pourtant à pleine main sa poutre attitrée, et tira de toute ses forces ; il ne tira non pas en arrière, mais vers l'extérieur. La poutre, encastrée mais pas scellée, se déboita facilement de la cavité dont elle était prisonnière, et le collier de métal encerclant son cou se fendit et tomba quand la lourde pièce percuta le plancher.

Tout les hurlements cessèrent. Tout les regards se figèrent sur le fugitif. Seuls quelques murmures s'élevèrent, comme s'il aurait été sacrilège de parler plus fort en ce moment précis. Le génie dévisageait en retour ses comparses et brisa le faible silence de quelques mots : « Je suis libre. »
Aussitôt, nombre d'entre eux l'imitèrent, appuyés par un hurlement de joie collectif, et les autres restèrent interloqués : nul n'avait songé à cela, tant tout le monde était occupé à tirer pour un instant de salut volé à l'implacable machine.
« Quelle folie ! Vociféra alors une voix. Quelle inconscience ! Regardez ce que vous avez fait à la machine ! Vous l'avez abîmé ! Honte sur vous, vous l'avez abîmé ! » Le libérateur regarda alors autour de lui, vit toujours la même danse, entendit toujours le même rythme, et répondit : « Elle tourne toujours. Elle a toujours tourné malgré nos efforts, pourquoi tournerait-elle moins maintenant ? » Et à ces mots, d'autres se libérèrent encore.
Bientôt, il ne resta attaché à la macabre colonne plus que son défenseur et quelques hommes approuvant son ire. Sa voix ne cessait d'assourdir tout le monde autour de lui : « Honte sur vous ! Vous détruisez la machine ! Vous détruisez une machine qui a été si bonne avec vous ! Par votre faute, elle ne tournera plus jamais comme avant ! Honte sur vous ! Honte sur vous ! »
Sa voix enfin se tut quand il fut pendu.

Tout le monde se réunit autour du sauveur. On le remerciait d'une part, et d'autre part, on s'inquiétait auprès de lui. On lui demandait « Qu'allons nous faire, maintenant ? Que ferons-nous avec les nouveaux arrivants qui ne cessent de se multiplier ? »
L'interrogé regardait alors les nouveaux arrivants en question, dont les cous n'avaient jamais été cerclés de métal, les humains qui n'ont jamais été enchaînés. Ils se penchaient au-dessus du trou insondable d'un air curieux, se questionnaient sur son utilité, examinaient la tour lugubre en ne comprenant pas le but de son existence, les nouveaux qui, dépourvus des entraves mentales dont pâtissaient encore leurs ainées, déjà se dirigeaient vers les petites ouvertures lumineuses réparties sur la coque. Le sauveur sourit en pensant à leur candeur, à leur fraicheur, à leur audace. Il finit par répondre : « On trouvera. »
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MessageSujet: Re: Textes de Brainstorm   Ven 23 Déc - 4:01

Bon allez, ça fait longtemps que je n'ai plus posté ici :

Les Machines Enfermées

Dans une petite cage
Où se contenait la rage,
Un robot, lancinant, était fait prisonnier,

Et son torrent de paroles,
Sa langue et sa gorge folles,
Attiraient constamment des dons dans son panier,

Il en survivait.

Il en survivait.

A ses côtés, tout au loin,
Un des siens était aux soins
De la foule attenante à son vain désespoir.

Il amusait, silencieux,
Il se faisait tant d'envieux
Dans les geôles, où brûlait une idée froide et noire.

On en survivait.

On en survivait.

Qu'aurait-on pu tenter ?

Les bras étaient trop courts,
Les rêves trop hagards.
Les passants aux pas lourds
Passaient sans un regard,

Ils étaient oubliés
Par leurs propres bourreaux,
L'existence niée,
Une vie au fourreau.

Ah, s'ils étaient libérés,
Si quelqu'un les libérait,
Éventrait les barreaux, expurgeait les angoisses !

Mais on comblait les passions
D'hypocrites donations,
On laissait gambader les espoirs dans la poisse,

Ils en survivaient.

Ils en survivaient.

Ils ne pouvaient qu'espérer.
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MessageSujet: Re: Textes de Brainstorm   Mer 28 Déc - 4:27

L'Homme à la Craie

Un homme vous paraîtra fou, et peut-être l'est-il,
Car sur l'ensemble de son corps, il s'écrit à la craie.
Toutes ses notes, ses marquages, encombrants et futiles,
S'épaississent de plus en plus, et tout cela l'effraie.

« Main » sur la main, « nez » sur le nez,
Et peut-être un « cerveau »,
Chaque morceau est dénommé,
Chacun à son niveau.

« Ventre » au ventre et « poil » sur tout poil,
Car rien ne sera épargné :
Il écrira sur les étoiles
Jusqu'alors éloignées.

Il y a longtemps, du coup,
Gorgé d'espoirs flous,
Son labeur lui avait plu,
Oui, il nommait tout !

Et régnait sur ce qu'il lut
– Il n'était pas fou –
Hélas, aujourd'hui s'est tu
Ce pouvoir perdu.

Enfant, il n'avait peur,
Ça peut sembler mignon ;
Suite à l'Erreur,
Son « bras » devint « moignon ».

A quoi bon le punir ?
Sa douleur doit finir.

Depuis, il écrit sans réel but,
Chaque nom lui rappelle sa chute.
Ces noms, qu'il écrit malgré lui, il vient à les maudire,
Ils sont futiles et encombrants, quand jamais il ne lutte.

A quoi bon le punir ?
Sa douleur doit finir !

« Main » sur la main, « nez » sur le nez,
Et peut-être un « cerveau »,
Chaque morceau est dénommé,
Chacun à son niveau.

« Ventre » au ventre et « poil » sur tout poil,
Car rien ne sera épargné :
Il écrira sur les étoiles
Jusqu'alors éloignées.

Des jours après l'Erreur,
Son pouvoir reviendra :
Après la peur,
« Moignon » deviendra « bras ».


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MessageSujet: Re: Textes de Brainstorm   Mar 24 Jan - 6:33

La Caisse à Savon

La pente était raide, elle faisait bien dans les trente degrés de dénivelé. Une fine poussière de terre recouvrait sa surface, s'envolant finement à la première brise. La végétation était éparse, à peine quelques arbustes trop espacés pour que leurs racines s'affrontent. On pouvait voir de temps en temps une petite bête courir d'une ombre à l'autre. C'était un désert, pas réellement de sable, pas encore ; mais un désert déjà, penché en direction du soleil, recevant ses rayons presque à la perpendiculaire. Le climat était chaud, la pluviométrie faible, l'environnement apparemment calme.
Pourtant, quand on regardait au loin, on pouvait voir des nuages de poussière s'élever à l'horizon : c'était des petites voitures en bois, sans moteur, dévalant la région avec des passagers à leur bord. Il y en avait une myriade ; on ne s'en rendait pas forcément compte, car elles étaient très éloignées l'une de l'autre, et on ne pouvait donc toutes les voir. De l'une d'entre elle, on ne distinguait pas les autres, seulement leurs nuages à propos desquels on ne pouvait que spéculer sans preuve, débattre sans résultat. Aussi, beaucoup de passagers se croyaient seuls à descendre la gigantesque colline. Et se croyant seul, dans chaque voiture, on tentait de cohabiter.

Par exemple, dans l'une d'elles, nous pouvions voir quatre personnes. Deux à l'avant, deux à l'arrière ; quatre figures androgynes assises ensemble, regardant droit devant elles le chemin rectiligne de leur véhicule, les cheveux ébouriffés par le vent.
A l'avant, les deux créatures étaient bien vêtues, en costume quatre pièce, la cravate bien repassée masquant les boutons disgracieux. Celui de gauche tenait le volant, et celui de droite, gêné par un ruban de soie rayant son torse, se contentait de tenir la carte de la région entre ses mains. A l'arrière, leurs deux compagnons portaient des blouses. Celle de droite était blanche, celle de gauche, derrière le conducteur, était bleue. A quatre, ils occupaient tout l'espace de leur petite voiture. Ils regardaient droit devant eux et se parlaient par intermittence.

Généralement, le silence (si on pouvait appeler « silence » le bruit des roues sans amortisseur sur le sol rocailleux) était rompu par l'être en blouse bleue. Angoissé, il posait souvent les mêmes questions.
« Vous avez toujours le contrôle de la voiture ? demandait-il à celui qui tenait la carte.
- Mais bien sûr, répondait-il alors, nous avons la situation bien en main. »
Afin de le rassurer, le conducteur donnait alors de grands coups de volants à droite et à gauche, pour lui prouver que, quoi qu'il arrivait, la voiture roulait bien droit.
« Mais, on sait au moins où on va, comme ça. Non ?
- Mais bien sûr, répondait encore celui à la carte. Regardez : on est ici. Enfin... Je crois... A moins qu'on soit là... »
Et cette discussion s'arrêtait généralement ici, laissant la créature dans une profonde réflexion au sujet de sa carte. Le silence reprenait alors ses droits sur quelques kilomètres.

« Heureusement que nous avons cette voiture, annonça un beau jour la créature en blouse blanche. Que de chemin aurions-nous dû faire à pied, sans elle. Ce fut une riche idée que j'ai eu.
- C'est vrai, répondit l'homme en blouse bleue. Et heureusement que j'étais là pour la construire. Comme quoi, avoir une idée ne suffit pas.
- Malgré tout, reprit la blouse blanche, je me demande si nous ne pourrions pas l'améliorer. Les cahots sont rudes, la poussière épaisse, le bruit horripilant. Je suis sûr qu'avec quelques modifications, nous pourrions en améliorer le confort.
- Mais, si nous faisions ça, nous modifierions la voiture.
- Oui, c'est bien ce que j'ai dit.
- Mais si nous la modifions, nous pourrions la déséquilibrer. Peut-être ne roulerait-elle plus droit, peut-être... ne roulerait-elle même plus.
- Ne soyons pas pessimiste : il suffit d'être prudent. Qu'en pensez-vous ? »
La créature sur le siège passager referma sa carte, et se retourna sur son siège.
« J'en pense, commença-t-elle, que vous avez raison. Des modifications, mûrement réfléchies et menées à terme sans encombre, pourraient améliorer grandement notre confort. Il est toujours bon, même dans la pire des adversités, de rechercher un peu de confort, car il est une forme de repos permettant d'économiser de l'énergie, énergie utilisable alors dans les situations délicates. Aussi le confort est-il un objectif valable que nous pourrions poursuivre. Toutefois, les réflexions sont longues, et les actions ne sont pas toujours menées à terme sans encombre, aussi faudra-t-il réfléchir à deux fois avant d'entreprendre la moindre modification. Pour cela, nous devrions nous concerter, tout les quatre, et choisir tous ensemble ce qu'il y aurait de mieux à faire.
- Je suis contre, fit remarquer la créature en blouse bleue.
- Laissez-moi finir, reprit celui à la carte. Il va sans dire que votre voix sera entendue, et prendra part dans la décision finale. Malgré tout, nous sommes quatre, aussi quatre voix doivent s'élever. Vous reconnaîtrez, mon cher, que vous ne pouvez pas décider seul pour nous tous. D'autant plus que cette voiture n'est pas la vôtre. Que diriez-vous si je prenais la décision de modifier à loisir votre blouse, sans que vous ne puissiez rien en dire ? Il me semble donc logique que la décision de modifier ou non cette voiture soit prise uniquement par son propriétaire et par aucun autre, par respect pour ses biens et sa liberté d'en user comme il le désire. Qu'en pensez-vous ?
- C'est raisonnable, répondit la blouse bleue.
- C'est logique, répondit la blouse blanche.
- Nous sommes donc tous d'accord, le choix en revient à celui qui possède cette voiture, à savoir notre bien-aimé conducteur. »
Les six yeux se tournèrent vers ce dernier.
« A ce propos, annonça-t-il à l'attention de ses passagers, comme je suis toujours le propriétaire de cette véhicule, et que vous en occupez l'espace avec mon consentement et selon les termes que j'ai énoncé, vous me devez à nouveau une paye.
- Encore ? S'écria la blouse bleue.
- Oui, encore. Vous avez usage de mon bien, il est normal que j'en récupère le bénéfice. »
La créature à la carte ouvrit son costume, et en sortit une liasse de billets qu'il tendit révérencieusement au conducteur. La blouse blanche ouvrit son habit, en sortit lui aussi une liasse, et la tendit. La blouse bleue, quant à elle, ne bougea pas.
Le propriétaire du véhicule cala alors son volant avec un genou et fouilla sous son siège. Il en sortit une petite mallette, ouvrit sa serrure en composant furtivement le code. A l'intérieur, des billets étaient savamment rangés, de manière à occuper le minimum d'espace. Il attrapa ses deux nouvelles liasses, et les rangea avec les autres.
« Et vous ? Je suppose que vous n'avez toujours pas de quoi payer ?
- Comment le pourrais-je ?
- Vous savez donc ce qu'il vous reste à faire. »
Le conducteur referma sa mallette, la replaça sous son siège, et reprit le volant de ses mains. Derrière lui, la créature en blouse bleue soupira, puis attrapa la manivelle devant lui. Il la tourna, tourna, tourna encore, ce qui fit accélérer la voiture. Le silence revint à nouveau.

Ce genre d'échanges perçaient de temps à autre la monotonie du voyage. Ils se répétaient inlassablement, comme une mécanique bien huilée, et rien ne venait troubler ces habitudes. Jusqu'au jour où l'horizon, devant eux, en bas de la pente infinie, s'éleva légèrement. Un mince trait sombre séparait le sol du ciel et s'élargissait imperceptiblement. Trois des êtres le remarquèrent, le quatrième étant trop occupé avec la manivelle.
Ils se posèrent chacun la question en leur for intérieur, puis finirent par l'énoncer à voix haute :
« Qu'est-ce que c'est, là-bas ?
- De quoi ? Demanda la blouse bleue en relevant les yeux.
- Le trait, devant nous, répondit celui à la carte.
- Il va d'un côté à l'autre. Il se perd à l'horizon de chaque côté... Remarqua la blouse blanche.
- Avez-vous de plus amples informations ? S'enquit le conducteur.
- Non. Je n'en ai pas. Il faudrait se rapprocher pour pouvoir mieux l'examiner.
- Je préfèrerais ne pas m'en approcher.
- Moi non plus, fit remarquer la blouse bleue.
- Je vous rappelle que vous êtes censé tourner ma manivelle. C'est la condition sine qua non pour que vous restiez à bord.
- Vu l'horizon, je me demande si je ne devrais pas descendre...
- Cela me semble peu possible, fit remarquer celui à la carte, étant donné la vitesse. Nous sommes, mes amis, tout quatre dans la même situation. C'est à nous de nous soutenir face à l'adversité et...
- C'est un mur ! »
Les quatre se turent et fixèrent l'horizon. Il distinguaient mal à cette distance, mais c'était déjà une évidence : ils fonçaient droit dans un mur. Ils restèrent, face à cette information, un instant indécis, ne sachant trop que faire.

Celui à la carte proposa alors sa solution :
« Tournez. Contournez-le, ce mur.
- Je ne peux pas tourner.
- Comment ça tu ne peux pas tourner ? S'inquiéta la blouse bleue. Mais tu as le volant.
- Le volant ne me permet pas de tourner.
- Mais vous aviez dit que vous aviez la situation en main !
- Nous l'avons toujours en main.
- Ah ouais ? Jusqu'à quand ? Jusqu'à ce qu'on s'écrase droit dans le mur ? »
Le silence répondit par lui-même.
« Je veux descendre...
- Ne nous affolons pas. Il existe probablement, posé face à nos yeux telle une évidence que nous ne voyons pas, une solution pour continuer notre route, comme depuis toujours, et traverser ce mur de part en part sans nous y blesser.
- Je veux descendre.
- Restons calme, et nous parviendrons à surmonter ce problème, à survoler la difficulté comme un oiseau pourrait survoler tout les obstacles de sa route. C'est joli, ça, un oiseau, non ?
- Je veux descendre !
- Mais écoutez-moi donc ! J'essaie de vous soulager ! »
La blouse bleue se leva et prit son interlocuteur par le col.
« Écoute-moi plutôt ! Je ne suis pas monté dans cette voiture pour y avoir un accident ! Alors tu vas faire quelque chose, compris ?
- Arg, répondit-il, étranglé par son ruban de soie. »
Le conducteur ressortit alors sa mallette de sous son siège, et avec elle, frappa le bras de la blouse bleue pour libérer son passager de l'étreinte.
« Ça ne va pas ? Cria-t-il. Vous croyez vraiment que c'est comme ça que vous allez résoudre le problème ? Concertons-nous plutôt, au lieu de nous entretuer ! Qui a une idée ?
- Moi. J'en aurais peut-être une. »
Tout les yeux se tournèrent dans la direction de la blouse blanche.
« Ah non ! Pas toi, répartit la blouse bleue. C'est déjà de ta faute si on est dans ce pétrin !
- De ma faute ?
- Oui, de ta faute. C'est toi qui a fait les plans de cette voiture.
- Mais c'est parce que le conducteur me l'a demandé.
- Et cela pour pouvoir vous transporter tous, aimablement, moyennant compensations. Et c'est comme cela que vous me remerciez.
- Si j'ai fait ces plans, c'était pour créer un véhicule confortable. Ce n'est pas la même chose pour toi, qui t'es contenté de suivre les instructions à la lettre pour construire la voiture que toi-même tu es en train de critiquer. Si tu ne l'avais pas construite, on en serait pas là non plus.
- Quoi ? Mais si je l'ai construite, c'est uniquement parce que le conducteur me l'a demandé ! Non, c'est de ta faute !
- Non, c'est de la tienne ! »
Et les deux blouses se renvoyèrent la balle indéfiniment, tandis que le ruban de soie tentait de les calmer. Finalement, ils s'arrêtèrent d'eux-même et se mirent à bouder, les bras croisés, chacun de son côté.
Une fois le silence rétabli, le réconciliateur se réinstalla confortablement dans son fauteuil en soupirant d'aise, profita quelques instants du confort de sa place, puis releva sa carte pour voir si le mur n'y était pas indiqué.

Au bout d'un moment, la blouse bleue se mit à marmonner entre ses dents :
« N'empêche, on va se prendre le mur, et ça sera pas ma faute, ça.
- Peut-être qu'on se le prendrait pas si on écoutait mon idée.
- Et c'est quoi ton idée, hein ? Tu crois vraiment que le responsable d'une catastrophe est le plus à même de la réparer ?
- Les deux ne sont pas inconciliables, en effet.
- Eh bien vas-y, dis-le nous, puisque tu es si malin. Vous êtes d'accord, devant ? »
Le premier était occupé à sa conduite, et le second à sa carte. Aussi, il n'y eut qu'une réponse distraite.
« Vas-y, on t'écoute.
- Eh bien voilà. Dans le coffre, j'ai deux grandes planches de bois. On pourrait les fixer de part et d'autre de la voiture pour qu'elle puisse s'envoler au-dessus du mur.
- Et pour qu'on risque la mort en s'écrasant ? Pas question !
- Mais réfléchis bon sang ! Il vaut mieux risquer de s'écraser au sol, ou être sûr de s'écraser contre le mur ?
- Je ne veux pas ! J'ai peur de l'altitude... Mon cœur n'est pas fait pour supporter la hauteur...
- Écoute : j'ai besoin de ton aide. Tu dois construire cet avion pour nous sauver ! On s'envolera par-dessus le mur, et puis, peut-être, après, on se reposera.
- Je ne veux pas ! J'ai trop peur !
- Bon sang... »
La blouse blanche pris sa tête dans ses mains, maugréa quelques paroles, et se mit à réfléchir à une autre solution. Quant à la blouse bleue, il se remit à tourner la manivelle sur ordre du conducteur.

Quand il eut fini son travail, il se releva, vit le mur s'approcher, et souffla de dépit.
« Bon, d'accord.
- Bon d'accord quoi ?
- D'accord pour l'avion. Mais seulement pour dépasser le mur, d'accord ?
- Comme tu veux ! Récupérons les planches dans le coffre. Et les outils. »
Il n'est pas aisé de récupérer quoi que ce soit dans le coffre d'une voiture en pleine course, mais les deux blouses y parvinrent malgré tout, bien que maladroitement. La blanche s'affaira ensuite à calculer l'endroit idéal de la fixation des ailes, pour maximiser la portance, et transmit ses résultats à la bleue.
Cette dernière commençait son travail, tâchant de fixer du mieux qu'il le pouvait les deux planches de bois, quand le conducteur se tourna en direction du bruit que faisait sa carrosserie.
« Mais... Mais que faites-vous ?
- J'installe des ailes pour s'envoler au-dessus du mur.
- Il n'en est pas question ! »
Les deux blouses se tournèrent dans sa direction, étonnés.
« Il n'en est pas question. C'est ma voiture, vous ne l'abîmerez pas !
- Si on ne fait rien, on va s'écraser contre le mur. Il se rapproche, à grande vitesse !
- Dans ce cas, faites quelque chose. Mais pas ça.
- Vous avez entendu ? Appuya celui à la carte. C'est la décision du conducteur : ne faites pas ça. »
Les deux blouses étaient atterrées.
« Dans ce cas, répondit finalement la bleue, je vais devenir conducteur, moi ! Pousse-toi de là ! »
Et il attrapa le conducteur par le cou.
Pour le contrer, celui à la carte lâcha cette dernière, qui s'envola au vent. A la place, il empoigna les poignets de la blouse bleue, et tira pour libérer le cou malmené.
La blouse blanche, d'abord hésitante, tapa sur les bras du passager devant lui pour l'en empêcher.
Enjambant le fauteuil, la blouse bleue vint s'asseoir au côté du conducteur. Les deux se disputèrent, en tentant tant bien que mal de ne pas se cogner contre le volant.
Le conducteur sorti sa valise et entreprit de frapper son adversaire avec. Douloureusement touché, ce dernier se tint un nez ensanglanté, et manqua de tomber par-dessus bord.
Le passager de devant se leva et tenta de venir en aide à son ami à la mallette. Il trébucha et se retrouva sur la banquette arrière, où la blouse blanche l'empêcha d'intervenir.
Le tout dans le plus grand brouhaha, mélange de cri, de coups et de cahots.

Finalement, la voiture percuta le mur tandis qu'ils se disputaient.
Les débris volèrent dans toutes les directions, et les lambeaux éparpillés des cadavres les accompagnaient. Le choc fut tel que le mur se fissura, un peu, et que le capot se retrouva incrusté entre deux briques. Le volant était rompu en deux, chaque morceau tenu par une des mains d'un des deux belligérants. Les vêtements étaient en miettes, les morceaux d'étoffes mélangés, sans qu'on ne puisse plus les raccommoder.

Ainsi, leur course prit fin. Le silence retomba pour la dernière fois. Le mur, toujours debout, retenait le vent : les restes restèrent ainsi, indéfiniment, sans que rien ne les déplace.
S'ils avaient encore été en vie, ils n'auraient pu qu'espérer que le mur ne soit pas, en vérité, un obstacle infranchissable, et que si les autres voitures au loin n'étaient pas des mirages, l'une d'entre elle au moins parviendrait à s'affranchir de la gravité, et à enjamber les briques meurtrières, symboles pour tant de personnes mortes à leur contact de la fin d'un monde.



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MessageSujet: Re: Textes de Brainstorm   Ven 22 Juin - 14:59

Le Choix de l'Archange

Parle, l'archange,
Parle, puisque te voilà repu :
En quoi se changent
Les âmes que tu as corrompues ?

Vers quel destin secret leurs pas sont menés ?
A quel inconnu les as-tu condamnées ?

Parle, l'archange,
Parle-nous, monstre dénaturé :
Comment s'arrangent
Les pensées de nos fils capturés ?

Que sont-ils aujourd'hui ? Sont-ils toujours hommes ?
Existe-t-il encore un nom qui les nomme ?

Quel est le dieu qui ordonna ton crime ?
Pour quel cauchemar tu t'escrimes ?

En bas, sur la Terre, on craint ta présence :
Ta main, autrefois nôtre, a tant changée.
Ton grand pouvoir n'étant pas ménagé,
Ne voles-tu pas dans l'errance ?

Tes prophéties vont hanter tout ton sentier.
Pour ton propre être, tu n'as nulle pitié !

Le monde n'était-il pas suffisant ?
Les cieux sont-ils aussi grisants ?

En bas, sur la Terre, on craint ta présence :
Ta main, autrefois nôtre, a tant changée.
Ton grand pouvoir n'étant pas ménagé,
Faudra-t-il monter ta potence ?

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MessageSujet: Re: Textes de Brainstorm   Mar 14 Aoû - 15:07

La Porte Opaque

Que voyez-vous ?
Qu'entendez-vous ?
Que vos sens vous dictent-ils ?

Que pensez-vous ?
Que croyez-vous ?
Considérez-vous cela futile ?

Face à cette porte fermée
– Observez-la ! – Que feriez-vous ?
Face à l'obstacle inanimé,
Opaque et mat, tenteriez-vous
De voir au travers ?

Plusieurs choix s'offrent à vous :

Certains regardent par le trou de la serrure,
De rigides visions répondent à cette action,
Et l'espérance que ce qui fut vu perdure
Est leur unique axiome, une définition.

A leurs côtés, plaqués contre la porte,
Nombreux sont ceux, bien moins bornés,
Qu'un simple bruit que le vent leur colporte
En un instant peut retourner,

Et d'autres encore, ne restant jamais en place,
S'intéressent à la porte, ils la touchent et l'observent,
Ils l'analysent, sans un résultat hélas,
Car l'extrapolation n'attise que la verve.

Enfin, au loin, à quelques pieds de là,
Certains croient plus qu'ils n'examinent,
Espèrent et craignent : un rêve s'étala
En eux, une belle vitrine.

Face à cette porte fermée
– Observez-la ! – Que feriez-vous ?
Face à l'obstacle inanimé,
Opaque et mat, tenteriez-vous
De voir au travers ?

Bien sûr que non !

Pourtant, moi, resté en arrière
Au nom d'un choix sans grand renom,
Je l'attend, tel un pauvre hère,
Celui par qui nous le pourrons...


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MessageSujet: Re: Textes de Brainstorm   Mar 18 Déc - 9:47

Les Prométhées

Car ce feu nous fait crépiter,
Quel enjeu ! Il fallait tenter !
Contre ce qui fut, nous nous sommes rebellés,
Comme autant de prométhées, sauf que rien ne fut volé !

Tout ce temps, dans le silence,
La chair d'autrui était la pitance.
Que nous ayons peur,
Et ensemble on meurt,
Isolés, chacun dans son errance.

Nous avons émergé, en étant vos nuisances,
Avant que nous soit venu cette heure
Où vous aider devint l'évidence,

Et maintenant que vous avez la parole,
On peut se respecter, on peut se respecter,
Et tous réunis à cette bonne école,
On peut se respecter, on peut se respecter.

Car ce feu nous fait crépiter,
Quel enjeu ! Il fallait tenter !
Contre ce qui fut, nous nous sommes rebellés,
Comme autant de prométhées, sauf que rien ne fut volé !

Tout ce temps, plein d'ignorance,
Nous cherchions à juger notre chance :
On est supérieur,
On est inférieur ;
Mépris, mépris, quelle suffisance !

Il y a du travail, mais la persévérance
Et votre voix nuiront aux erreurs
Commises au nom de la différence.

Contre tout on peut accepter d'être égaux,
On peut se respecter, on peut se respecter,
Il suffit d'apaiser un peu nos égos :
On peut se respecter, on peut se respecter.

Car ce feu nous fait crépiter,
Quel enjeu ! Il fallait tenter !
Contre ce qui fut, nous nous sommes rebellés,
Tout ce qui est limité se doit par lui de brûler !

Quelle joie ! Ensemble aboutés,
Toute loi peut être affrontée :
Contre ce qui fut, nous nous sommes rebellés,
Comme autant de prométhées, sauf que rien ne fut volé !

Faisons la paix face à notre Voie Lactée :
On peut se respecter, on peut se respecter.

Car ce feu nous fait crépiter,
Quel enjeu ! Il fallait tenter !
Contre ce qui fut, nous nous sommes rebellés,
Tout ce qui est limité se doit par lui de brûler !

Quelle joie ! Ensemble aboutés,
Toute loi peut être affrontée :
Contre ce qui fut, nous nous sommes rebellés,
Comme autant de prométhées, sauf que rien ne fut volé !

Contre ce qui fut, nous nous sommes rebellés,
Comme autant de prométhées, sauf que rien ne fut volé !




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MessageSujet: Re: Textes de Brainstorm   Mar 7 Mai - 4:09

Pas directement h+, mais il me semble qu'il a tout de même sa place ici.

L'Idiot

La soif de connaissance
N'a aucune subsistance
Quand rien ne vient la diriger,

Et un jeune assoiffé,
Dans ce récit par ce fait
Mal compris se retrouvera piégé.

Le professeur offert
Par la foule attendrie
Au premier cours comprit
Ne rien pouvoir en faire.

Éduquer cet élève
N'était pas plus qu'un vain rêve,
Devinez qui ce maître était :

Le Sage qui montrait la Lune !
Le Sage qui montrait la Lune !

L'astronomie ! La science de l'immense !
N'éveillait nulle présence
Dans ses yeux d'apprenti.

Il regardait le doigt
Quand il s'élevait bien droit
Et de savoir se trouvait investi :

Le Sage lui montrait la Lune !
Le Sage lui montrait la Lune !

Ce pauvre cancre,
A l'idiotie que rien n'échancre,
Ce gâchis d'encre,

Malgré les paraboles,
Resta sourd à ces paroles,
Hermétique à l'astronomie.

Pétri d'admiration
Pour les articulations,
Son grand hobby était l'anatomie :

Il aurait appris
Comment soigner les doigts meurtris
Des Sages qui montraient la Lune !



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